Vivre sans mon père – Témoignage de Christel

Après avoir partagé ma propre expérience sur le sujet, je vous donne à lire celle de Christel. Merci à elle et je vous invite à faire la même chose si vous le souhaitez.

Si vous souhaitez me partager la vôtre, inspirez-vous de mon questionnement et cliquez-ici :

Comment décrirais-tu cette épreuve, selon ton expérience personnelle ?

C’est une épreuve qui a duré dans le temps. Entre la découverte de son cancer et son décès, il s’est écoulé 2 ans et demi. Dès le départ nous savions qu’il n’y aurait pas d’issue heureuse, que son cancer était de ceux qui ne se guérissent pas. Il a fallu vivre avec et voir mon père diminuer semaine après semaine. Jusqu’au jour où il est trop faible pour se lever, où on l’hospitalise à nouveau. Jusqu’au jour où ma mère m’appelle car les médecins lui ont dit que c’était la fin, et que tu rentres précipitamment chez toi. Jusqu’à l’instant où par un appel tu apprends qu’il s’en va, puis qu’il est parti et que tu n’étais pas à ses côtés parce que bêtement toi tu vis, et que tu t’étais absentée pour manger. Puis tout s’enchaîne, des décisions à prendre, l’enterrement et le retour à la vie « normale ».
Même en sachant depuis longtemps qu’il allait partir, la douleur n’en n’a pas été amoindrie, vécue comme un déchirement. Présente encore aujourd’hui, plus ou moins vive selon les jours, les souvenirs.

Gardes tu des petits objets au quotidien te rappelant cette personne ?

J’ai une photo de lui dans un joli cadre en chêne. À la maison il y a ses vieux livres de BTS, il les avait gardés auprès de lui à son travail. Et son appareil photo argentique que j’aimerais faire restaurer.

Fais-tu quelque chose de spécial chaque anniversaire de son décès ? Chaque mois ?

Je pense à lui, forcément. Mais pas de rituel précis, non. J’ai une bougie dans un photophore que j’allume parfois.

En quoi ta vie a changé depuis cet événement ?

Le vide bien sûr. On se comprenait bien même si on parlait peu, il faut dire qu’on n’est pas du genre à s’épandre, plutôt pudiques dans la famille. La solitude aussi, se rendre compte que l’adage loin des yeux loin du cœur se vérifie avec sa propre famille. Prendre de nouvelles responsabilités. Il a fallu s’occuper des papiers, c’était mon père qui s’en occupait avant. Ma mère s’est beaucoup appuyée sur moi, mon frère n’était pas capable d’aider à ce moment-là.

Aujourd’hui, qu’as-tu changé dans ta manière de vivre ? En bien comme en mal.

J’aurais aimé dire que j’ai changé tout ce qui n’allait pas, mais en vrai rien n’a vraiment changé. J’ai eu un moment ce sentiment d’urgence où à 30 ans tu te dis que tu as déjà vécu le tiers de ta vie, comme ta grand-mère, ou peut-être même la moitié, comme ton père. Qu’il faut faire quelque chose, rattraper le temps, ces années de maladie et le temps perdu à trop réfléchir pour agir, à repousser ses projets. Je suis moins patiente désormais. Je n’ai plus envie de m’encombrer avec des futilités, des choses qui ne me plaisent même si je le fais toujours parce que je suis trop polie – ou trop gentille – pour refuser. Cette année, je vais enfin faire ce grand voyage au Québec dont je rêvais depuis des années.

Quelle est ta progression dans ta guérison ? As-tu été pris en charge par le corps médical, quel type d’aide as-tu reçu ?

Certains jours tout semble aller mieux, je me risquerais même à être heureuse. Et puis le moindre souci, le souvenir, la date particulière, et le chagrin reprend ses droits. Je n’ai pas vu de médecin, cela m’aurait peut-être aidée, je ne sais pas.

Quelles sont les choses qui t’ont fait du bien, que recommandes-tu aux personnes atteintes ?

J’aimerais bien avoir la réponse à cette question ! Quelque chose que je n’ai pas fait, mais qui trotte toujours dans mon esprit : prendre un mois pour moi, ne rien faire, pour digérer cette histoire. Sinon j’apprécie particulièrement de me retrouver entourée de plantes, de fleurs, ça me fait du bien.

 As-tu une chanson, une citation où un lieu qui te rappelle forcément cette personne ?

Il y a la chanson de Simon and Garfunkel, Bridge over troubled water, que nous avions choisie mon frère et moi pour son enterrement. Je viens tout juste d’en acheter le vinyle.

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