Vivre sans mon père – Témoignage de Laura C.

La série des témoignages se poursuit. Après Christel, c’est au tour de Laura de nous partager son expérience de vie.

Quel âge avais-tu au moment de son décès ? Quel âge as-tu maintenant ?
J’avais 21 ans lorsque j’ai perdu mon père, en août 2011, j’allais sur mes 22 le 13 septembre… Un anniversaire sans fête. Aujourd’hui je vais avoir 28 ans, et toujours cette impression que c’était hier.


Comment décrirais-tu cette épreuve, selon ton expérience personnelle ?
Ça à bouleversé ma vie. Comme une météorite qui me rentre dedans. Un nouveau « moi », un nouveau monde. Il m’a fallu tout réapprendre.Un recommencement. Une nouvelle page, une nouvelle vie. Lorsque quelque chose d’aussi important arrive, soit tu sombres et c’est terminé, soit tu décides de te relever. Par instinct de survie, j’ai vite eu la motivation d’avancer. Une épreuve qu’on pense insurmontable au début, puis le temps fait qu’on apprend à vivre avec.
Avec ce manque perpétuel.

Gardes tu des petits objets au quotidien te rappelant cette personne ?
Au début je gardais tout et n’importe quoi, tout ce qui me rapprochait de lui, une odeur sur un vêtement, un objet… N’importe quoi qui me rappelait nos moments à nous. Aujourd’hui, il y a des photos de lui dans mon appartement, son parfum que je lui avait offert dans mon meuble de salle de bain, des t-shirts soigneusement repassés et pliés dans mon placard avec mes vêtements, et puis son téléphone portable … Que j’ai mis un moment avant d’éteindre à jamais. Comme si j’avais peur de faire quelque chose de grave en appuyant sur la touche, une bombe à retardement … à retardement de quoi ? De le laisser partir certainement.

Fais-tu quelque chose de spécial chaque anniversaire de son décès ? Chaque mois ?
Mon père est décédé le 10 août 2011, d’un accident de voiture.
Chaque année nous nous réunissons avec ma famille ; ma maman, mes grands mères, le frère et les sœurs de mon père. Nous mangeons ensemble, allons au cimetière se recueillir mais aussi raconter nos dernières conneries qu’on à pu faire. Au fil des années, on a réussi à faire de cette date un rassemblement plutôt joyeux et bon enfant. Un restaurant, une balade et la vie reprend son cours. Mais chacun d’entre nous, savons que cette journée est pour lui, et pour lui montrer que jamais nous ne l’oublierons.

En quoi ta vie a changé depuis cet événement ?
Avant l’accident, j’étais quelqu’un de très angoissée, très anxieuse. Je faisais beaucoup de crises d’angoisses, je vivais ma vie sans vraiment me poser de question, ou pas les questions qu’il fallait. Je travaillais dans la grande distribution, j’avais plutôt une bonne place, sans plus.

Après l’accident, j’ai tout plaqué. Je voulais plus de cette vie. Je n’étais plus la même. Je ne doutais plus de rien, ou du moins je m’en fichais, puisque je n’avais plus rien à perdre. Plus aucune crise d’angoisse ; disparue. Je suis et resterais toujours une personne anxieuse, mais j’ai cette niaque que je n’avais pas avant.
La niaque de réussir pour lui et pour ma mère.
J’ai donc repris mes études. Je n’avais pas mon BAC, j’ai décidé de le passer. J’ai obtenu le BAC L, et je suis actuellement en 3ème année d’architecture d’intérieur.
Je fais quelque chose qui me passionne, ma mère est fière et je sais que la haut, il l’est aussi.

Aujourd’hui, qu’as-tu changé dans ta manière de vivre ? En bien comme en mal.
Aujourd’hui, plus rien de m’atteint, plus grand chose m’attriste. Tout ce qui est « matériel » je m’en contre-fiche. Je n’ai plus du tout les mêmes priorités, les mêmes besoins, les mêmes envies. N’ayant plus de stress, je suis beaucoup plus « cool ». Je vis au jour le jour … Je ne prévois plus grand chose.
Tout peut s’arrêter du jour au lendemain. Chaque journée pour moi est importante. J’ai appris qu’on était pas grand chose sur cette terre. Que tout peut basculer d’une seconde à l’autre.

Quelle est ta progression dans ta guérison ? As-tu été pris en charge par le corps médical, quel type d’aide as-tu reçu ?

Les 3 mois qui ont suivi le décès, je ne réalisais pas vraiment. J’ai beaucoup pris sur moi et protégé ma mère. Je me suis occupée de récupérer les affaires de mon père, la voiture, l’enterrement…
Lorsque vous avez 21 ans, que vous n’avez jamais vu un enterrement de votre vie et qu’on vous demande « Vous prendrez un caveau pour 2 ou 3 personnes ? »
Et que vous êtes la seule à pouvoir répondre… Alors j’ai réfléchi.
Sur mes 21 balais, célibataire, j’ai répondu «Je vais prendre un caveau 2 personnes, car je ne sais pas ou sera ma vie ! »
Choisir un cercueil dans une pièce dédiée à ça, un tissu à l’intérieur (qu’est ce qu’on s’en fiche!), une gerbe…
J’ai pris sur moi et je ne me suis absolument pas protégée. L’accident faisait la une du journal de Saône et Loire. La photo de la voiture de mon père découpée par les pompiers avec un titre affreux, était simplement posé sur la table.
Ma pensée principale était d’attendre que papa revienne et voir ma mère heureuse. Parce qu’à ce moment la, je savais très bien que je ne l’a verrais plus jamais heureuse. Cette vie la était terminée.
Et puis 3 mois après, de violents maux de têtes sont apparus. Je préférais mourir que de vivre avec cette douleur qui ne s’arrêtait jamais.
A l’hôpital, personne ne comprenait. Les médecins pensaient à une tumeur. Des tas d’examens, IRM, scanner, radio, traitements … J’aimais être shootée par leurs médicaments plutôt qu’assister à leur séance de Docteur House sur mon « cas ».
Puis finalement, après de nombreuses questions, un médecin m’a annoncé que je faisais un choc émotionnel.
Mon cerveau n’avait tout simplement pas réagi comme mon esprit. Secouez une petite brindille dans votre main. Sauf que la brindille, c’était moi…
Aujourd’hui, je vis toujours avec cette douleur, mais elle est supportable car elle s’atténue au fil du temps. On m’a prévenu que cela pouvait durer des semaines, des mois, voir des années…
Alors j’ai essayé différentes méthodes ; des psychologues, chiropractrice, coach de vie… Mais une dame m’a particulièrement aidé, c’était une EMDR.
Aujourd’hui, je vis bien, je vais de mieux en mieux. Le mal de tête partira lorsque je serais prête … prête à le laisser s’envoler.

Quelles sont les choses qui t’ont fait du bien, que recommandes-tu aux personnes atteintes ?
Je pense que chaque personne réagit différemment. Chaque histoire est différente. J’étais quelqu’un qui était tellement angoissée, que tout le monde pensait que c’était fini pour moi, que je n’allais jamais pouvoir surmonter cette épreuve, que j’étais très fragile autant psychologiquement que physiquement. Finalement, l’instinct de survie fait parti de nous.
Je recommande simplement de faire ce que vous avez réellement envie, besoin. Ne pas aller chez un psy parce que votre entourage le demande. Si vous n’en ressentez pas le besoin, n’y allez pas. Écrire, chanter, crier, il y a tellement de manières d’évacuer.
Pour ma part, ça été l’EMDR, une technique qui vient du Canada, un système avec le mouvement des yeux qui me remettait dans des situations de mal-être. Comme lorsque j’ai appris la mort de mon père ; simplement en l’appelant sur son portable personnel, mais ce n’était pas lui, c’était une flic. Erreur professionnelle, mais ça, c’est une autre histoire.
En 6 mois, j’avais déjà énormément progressé, tout en vivant ma nouvelle vie normalement.

 As-tu une chanson, une citation où un lieu qui te rappelle forcément cette personne ?
Je pense directement à Yannick Noah. Le dernier concert que mes parents ont vu ensemble. Et lors de l’enterrement, nous avions mis le dernier album de Yannick, en boucle. Une chanson que j’affectionne particulièrement est « Hello » :


Et William Blake disait «Il est parti ! Parti vers ou ? Parti de mon regard, c’est tout ! »
« Voir le monde dans un grain de sable,
Et le paradis dans une fleur sauvage,
Tenir l’infini dans le creux de sa main,
Et l’éternité dans une heure. »
Pour ce qui est du lieu, mon père est partout et fait parti de moi. Chaque endroit est un souvenir. Mais notre endroit privilégié est une petite mare à la campagne ou l’on passait des après-midi entiers à pêcher et rigoler ensemble.
 Des moments uniques, que j’espère reproduire avec mes enfants dans ce même lieu. 

Merci Laura et si vous souhaitez me partager la vôtre, inspirez-vous de mon questionnement et cliquez-ici